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Les fouilles archéologiques de la place des Martyrs: Valeur historique

Place des Martyrs (Alger):
Un patchwork de sites découvert

Fouilles - Place des Martyrs

Découverte d’un patchwork de sites dont la valeur historique réhabilite une partie de la mémoire de la ville d’Alger, lors des fouilles archéologiques au niveau de la place des Martyrs. Nous avons visité ce que sera dans deux ans le Musée du métro, de la voie majeure de la ville d’Icosium, passant par la Basilique byzantine jusqu’à Beit El-mal, de la Régence d’Alger à la mosquée Sayyeda.

Cela a commencé à partir d’un sondage effectué en 1995, suivi d’un deuxième réalisé en 2009 •les deux dirigés par le Centre national de la recherche archéologique (CNRA)• que la possibilité de dégager un site historique datant de l’antiquité était de plus en plus envisageable. Cependant, ce n’est que lorsque le ministère des Transports avait pris la décision d’entamer les travaux de la réalisation de la station de métro d’Alger sur le site que les interventions au niveau du ministère de la Culture ainsi que le classement du site comme patrimoine universel ont permis d’accélérer les démarches pour la réalisation de ces fouilles.

« C’est la première fois que le Centre national de la recherche archéologique mène une opération aussi spécifique, dont le territoire de fouille est situé en zone urbaine à forte concentration », indique Farid Ighil Ahriz, directeur du CNRA. Cette opération implique, selon lui, un programme de fouilles et d’analyse de données en alternance avec le programme de travaux de génie civil de la station du métro. « Dans le cas présent, l’expertise d’une archéologie préventive s’impose, d’où le recours du ministère à l’Institut français de recherche en archéologie préventive (Inrap) afin d’apporter assistance technique et scientifique, ainsi que la formation de nos chercheurs en matière d’archéologie préventive », nous explique M. Ighil Ahriz. Près de 40 chercheurs algériens et français opèrent sur place.

ville Icosium (époque romaine)

Kamal Stiti, chef du projet sur le chantier, s’arrête devant les principales découvertes, récemment révélées au grand jour : « Les analyses des données en notre possession ne peuvent pas apporter une conclusion finale pour le moment car cela devra passer par plusieurs étapes. Nous avons conclu à partir de résultats préliminaires que nous confirme uniquement le plan du site réalisé par l’historien André Raymond et les recherches menés de notre part sur l’histoire du site ». Plusieurs séquences historiques ont été découvertes, dont la plus ancienne date de l’époque romaine. Il s’agit d’une partie de la voie majeure dans l’ancienne ville Icosium (époque romaine) qui offrait à ses piétons une belle balade au front de mer. De ces vestiges, témoignent les grands pavés à la pierre taillée qu’on retrouve également sur les sites romains comme Timgad, et des traces d’arcades. Les arcades feront partie du caractère architectural des différents sites à travers le temps puisqu’on les retrouvera également dans les ateliers de ferronnerie ainsi qu’à Beit El-mal (le Trésor de la ville d’Alger), mitoyen de la fameuse mosquée Sayyeda.

Une civilisation démolie

Kamal Stiti attire notre attention sur une masse de briques entassées sur les vestiges de ce qui est identifié comme étant la base du minaret de la mosquée Sayyeda. « L’authentification de ce site (Sayyeda) nous amène à l’interprétation qu’il s’agit de traces de démolition tel que relaté dans certains témoignages et récits historiques par l’armée française », soutient-il. Le paysage du soubassement du minaret sous les débris de cette masse endurcie donne une sensation de chair de poule. « Un petit pavé étroit, en pierre, traverse ces débris vers Beit El-mal ; il sépare les deux sites des ateliers de ferronnerie visiblement démolis à leur tour », selon M. Stiti. « Parfois, j’imagine comment les soldats français tiraient par cette petite voie, et comment les Algérois couraient vers cette ruelle pour se protéger des tirs », ajoute-il. La mosquée Sayyeda, dont la version exacte de son histoire n’a pas été encore restituée, s’étend, selon le plan de René Raymond, sur 3 000 m² de superficie, dont il serait fort probable qu’une partie de sa cour principale s’étendait vers les jardins du Palais du Dey. Le soubassement interprété comme étant l’accès du minaret couvre une partie de voûtes. Pour le chef du projet, « il se peut qu’il s’agisse des chambres destinées aux deniers. Nous espérons trouver des objets qui témoignent de l’existence de cette mosquée ». Une petite marche en marbre noir (ardoise) est dégagée juste à côté du minaret : il s’agit de la marche d’accès, presque intacte, et qui a résisté à plus d’un siècle d’histoire, à 7 mètres sous terre, une image forte de par sa symbolique. La salle de prière, par contre, était orientée vers la rue principale de Sahat chouhada. « Là encore, on attend de dévier une conduite de gaz afin de pouvoir continuer les fouilles dans l’espoir de trouver de nouvelles traces », confie notre interlocuteur.

L’histoire remonte à la surface

Outre la résurrection d’une histoire tant méconnue par tous de cette mystérieuse mosquée, dont certaines versions s’accordent à dire qu’il s’agit de l’œuvre d’un notable de Tlemcen en hommage à sa bien-aimée, il y a également le symbole de toute une histoire de l’Algérie qui remonte à la surface pour témoigner d’un pan de sa mémoire. La voie majeure romaine caresse dans un coin ce qui était autrefois une très belle mosquée majestueuse, considérée comme l’un des bijoux architecturaux de la Régence d’Alger. Le soubassement de l’hôtel de la Régence, édifié par les colons français après avoir rasé la mosquée, se tient en face d’elle en forme d’une grande voûte creuse ! Du Beit El-mal reste quelques traces de pièces étroites décorées par des faïences de l’époque. Entre les deux sites (français et algériens) existe une séparation par les ateliers de ferronnerie dont l’architecture en brique est presque intacte. Une muraille en arcade des ateliers se tient en parallèle de l’actuelle Grande Mosquée. Elle est traversée par une deuxième ruelle qui la relie à une ancienne fontaine (citée elle aussi dans les documents historiques de la ville), elle date du XVIIe siècle, et est presque intacte, avec un décor de faïence en blanc et vert.

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