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Le baccalauréat autrefois, en Algérie

Qu’en est-il du Baccalauréat autrefois en Algérie ?

Le bac de 1948

Le baccalauréat autrefois, jadis en Algérie, avait son miel pur ! il avait sa peur douce ne ressemblant à aucune autre peur… Le bac autrefois nous faisait rentrer dans la cour des grands !!

Le baccalauréat avait un bonheur sans pair, une sensation unique ! La veille du bac, la nuit fut longue. Très longue, à la longueur d’une année, un peu plus ! Dans l’oreiller de laine s’installent toutes les angoisses. Le matin, avant de prendre le chemin du centre d’examen, je me sentais hanté par la crainte d’oublier quelque chose : la règle, le deuxième stylo ! La gomme, le crayon, la pièce d’identité ou encore la convocation… Les candidats, sans exception aucune, étaient, en ce jour-là, bien habillés. En neuf ou en propre. Bien coiffés !

Le matin du bac, il faut prendre le trolley

En chic. Les garçons comme les filles. C’était un jour qui ne ressemblait pas aux autres.
On ne vit pas deux fois le bac ! Ce jour de bac nous rappelait une autre épreuve scolaire fondamentale : l’examen de la sixième ! Le matin du bac, il faut prendre le trolley, le numéro 11 ou le 21, lequel des deux est le plus rapide ? Celui de six heures du matin ou celui de six heures moins le quart ? Perplexe ? Le jour de l’examen, le trolley est en retard ! Même arrivé à l’heure pile, on a l’impression qu’il a été largement en retard ! La faute au chauffeur bavard ! On a peur que, en plein chemin, notre monture tomba en panne ! Le trolley traîne dans toutes les stations, beaucoup plus que d’habitude ! La tortue !

La montre de mon oncle

Pour la énième fois, je vérifie l’heure. Je n’ai pas confiance en cette montre que mon oncle m’a prêtée hier soir pour l’occasion. Selon l’expression de mon oncle : « Les trois aiguilles marchent, comme sur un cheveu, elle est de marque suisse ! », il me l’a répétée dix fois. Il l’a fait « manger » (remonter) en tournant avec précaution la couronne sur le côté ! Cette montre est sa fierté pendant le mois du Ramadhan, tout le monde mange et jeûne selon ses tic-tac ! Le bracelet me serre le bras. Il faut arriver devant la porte du centre d’examen, au moins une heure avant l’heure de vérité.

Dans une salle d’examen qui fait peur

Je me suis trouvé, comme les autres élèves, dans une salle qui fait peur, derrière une table individuelle, comme dans le box du tribunal international de La Haye, face à mon nom et mon numéro d’examen écrits sur un bout de papier rouge collé à l’angle droit de la table. Le plumier posé devant moi, lui aussi me fait peur ! Je le regarde, lui aussi me regarde. Et je me demande si je n’ai pas oublié mon deuxième stylo. Le stylo de secours ! Et la gomme, et l’équerre, et la boîte de crayons de couleurs pour colorer les cartes géographiques, et le compas ?

Le jour de frisson et de bonheur

Ses aiguilles, qui marchent comme sur un cheveu, soudain se sont arrêtées. Mon ventre me serre, j’ai envie de pisser ! La montre de mon oncle ne trahit jamais, fidèle aux jours de Seigneur ! Fidèle aux heures des petites créatures du Seigneur. Je la fixe. Elle redémarre. Il est huit heures, le jour qui ne ressemble pas aux autres jours commence ! Le jour de frisson et de bonheur, lui aussi avait une fin ! Le jour du résultat fut un autre jour ! Des youyous dans des maisons. Du silence dans d’autres, un silence de deuil. Aujourd’hui, le bac a perdu le miel et l’abeille du miel. Les youyous sont inexistants ou rares. Pour nous, le bac fut nos nouvelles ailes. Le bac fut le chemin vers l’autre. Le premier grand voyage. Avec le bac on avait le droit de quitter la famille et le village. Partir dans une grande ville ou ailleurs. Le bac était la liberté ! L’aventure. Même si ni Malraux, ni El-Akkad, ni Cocteau, ni Zola n’ont eu leur bac ! Le jour du bac me rappelle ma cousine Fadila Mor, la première brave lycéenne dans notre grande famille qui a décroché le baccalauréat. Une pensée de respect pour elle !

Au soir de sa vie un vieux monsieur confiait à son petit-fils que son souvenir le plus angoissant était l’examen du bac. Ce grand-père en avait pourtant vu d’autres dans son existence puisqu’il s’agissait du Capitaine Dreyfus.

 

Aujourd’hui encore le bac reste une épreuve redoutée pour des centaines de milliers de candidats. Ce n’est pas nouveau. Leurs parents et grands-parents ont connu eux aussi les affres liés à l’obtention de ce précieux sésame. Il y a toutefois une différence notable. Jusque dans les années 60 environ 10% seulement d’une classe d’âge était titulaire du bac.

Dans les années 50 le « Certificat d’études Primaires » bénéficiait encore d’un peu de considération. Avoir son certif c’était savoir compter, lire et écrire sans faire trop de fautes. Quand tout le monde obtiendra ce petit parchemin il perdra toute crédibilité. En revanche le « brevet » sera longtemps encore très recherché. C’était en fait un mini-bac qui permettait de se présenter à un certain nombre de concours de l’administration.

Quant au « bachot » il était réservé à une petite élite enviée. Avoir ses deux bacs, c’était quelque chose. En effet, on passait un bac en première avec des épreuves dans toutes les disciplines, un écrit et un oral. Seul le succès au premier bac permettait le passage en terminale, et on remettait cela un an après avec le deuxième bac. Il est évident que les candidats ainsi doublement sélectionnés avaient un niveau qui leur permettait de suivre en fac. Ils avaient sinon une tête bien faite en tout cas une tête bien pleine.

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