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En hommage au célèbre compositeur algérien Mustapha Skandrani

Hommage au célèbre compositeur Mustapha Skandrani (1920-2005)

Mustapha Skandrani

Le célèbre compositeur de plus de 150 œuvres, né le 17 novembre 1920 à Alger, dans la mytique Casbah, outre une consécration méritée au plus haut niveau, la Sacem l’élèvera au même rang que Mohamed Abdelouahab et autres frères Rahabani, il s’éteindra le 18 octobre 2005. Hommage …

Il avait le diapason dans la tête sans pour autant avoir longtemps chauffé les bancs de l’école qui n’était pas trop son « truc ». Le foot et la musique ayant eu raison de toute autre passion. Et comme tout enfant de La Casbah qui se respecte en cette époque marquée par le bouillonnement de la fibre nationaliste, il prendra très tôt conscience du « fait colonial ». Du genre plutôt réservé, comme tous ceux qui ont de la profondeur au demeurant, il écoutait plus qu’il ne parlait.

Déchiré entre deux passions donc, la musique et le foot sinon le foot et la musique, il succombera finalement aux chants des sirènes et autres muses musicales. Encouragé, il est vrai par ce magnétique piano acquis par son oncle, alors qui gérait le cercle du Mouloudia. Abdelkader Drif, témoin privilégié de cette époque si haute en couleur au fond, raconte en quelques phrases sobres l’illustre défunt :

« Il était d’une grande réserve, de cette réserve proche parfois d’une timidité maladive. Un homme de profondeur fort respectueux du prochain, passionné de foot et de musique. Assurément c’est une grosse perte… »

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. D’ailleurs, Elhadi Elanka, le fils du père, conforte par son témoignage sincére toute l’humilité de feu Skandrani :

« Autant il était d’une incroyable humilité, autant question boulot. Il ne fallait surtout pas badiner avec la qualité. Et nombre de ses éléves en connaissent plutôt un bout sur la question. Pour ma part, c’était un maître et un père à la fois ».

Autre jeune à avoir subi et les foudres du maître qui ne supportait pas le moindre couac et son intransigeance le sieur Tafiani :

« Si sa disponibilité et sa gentillesse ne font aucun doute, en revanche, il était capable d’entrer dans une colére terrible lorsqu’il estimait qu’il y avait maldonne quelque part : un vrai pro vous dis-je… »

L’ex-directeur de la 2, Zoheir Abdelatif, pour ne pas le nommer, mettra aussi son grain de sel dans la succession de témoignages via le petit écran :

« Un grand monsieur et professionnel jusqu’au bout des ongles qui plus est ».

Une chose est certaine et fait l’unanimité : l’ilustre défunt père de trois garçons, pour la petite histoire, abhorrait la médiocrité et par association d’idées, les médiocres. Et il ne se privait pas, voir même se faisait un point d’honneur de les rappeler, sans mettre de gants souvent, à l’ordre. Nasrdine Baghdadi, qui sait de quoi il retourne pour avoir été un autre proche du sublime chef d’orchestre, abonde dans le même sens que les autres témoins de sa génération :

« Franchement il n’y en a pas deux comme lui. Autant au demeurant en tant qu’humain qu’en tant que virtuose du piano. Qu’il manipulait avec une dextérité inouïe. A ses côtés j’ai énormément appris. Et ce n’est pas demain la veille qu’on lui trouvera un alter ego »…

Bien entendu il va sans dire que l’époque qui a vu naître et grandir Mustapha Skandrani hors tout son talent connu et reconnu aura produit bien des monstres sacrés : pratiquement tous les monstres du chaabi Moh Sghir Laâma et El hadj M’hamed El Anka, que dieu ait leur âme, entre autres repères incontournables, Badjarah, Touri sans oubier comme de bien entendu l’incontournable Mahieddine Bachtarzi qui aura le flair et la bonne idée de lancer Skandrani en le plaçant à la tête de l’orchestre de l’ex-RTA ; et c’est ce qui s’appelle avoir la main heureuse puisque le « récipiendaire » aura tôt fait de prouver et démontrer toute l’étendue et l’épaisseur de l’art consommé de diriger, d’orchestrer comme du papier à musique…

Ce qui ne m’empêchera point de rester en contact avec les travées et tribunes des stades, notamment Bologhine et le 5- Juillet pour célébrer comme à la belle époque le doyen des clubs : le grand et mythique Mouloudia d’Alger. Et entre doyens l’osmose est parfaite. Le feu sacré du foot et le feu non moins sacré du diapason étant deux passions qui vont très bien ensemble. Outre sa famille qu’il chérissait tant. Petite anecdote pour illustrer le propos si besoin est et rapportée par un membre du premier cercle, dirait-on aujourd’hui n’est-ce pas :

« De retour de l’étranger nous avons transité par Tlemcen. Et comme il n’aimait pas rentrer chez lui les mains vides, il s’offrira des… figues de Barbarie, uniquement pour satisfaire les papilles gustatives d’un de ses enfants qui en était particulièrement friand… »

Que voilà n’est-ce pas un bel hommage à un homme qui ne perd point le sens de l’essentiel…

[via]  Amar Zentar, ElMoudjahid

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